3 déc. 2007

Relatio

Dernier volet du triptyque "Exspectatio"
15 min _ nov. 2007
coul. _ mini dv








Déambulation dans l’église de Saint-Bris-le-Vineux (Yonne):
Lecture des vitraux Renaissance (ca. 1515).
L’ardeur des enfants pendant la récréation réinjecte la dimension affective dans ces verrières historiées.
Le vacarme porte la violence sous-tendue dans les images.
Jeu des relations entre les personnages, leurs regards et postures.




Consolatio

Second volet du triptque "Exspectatio"
45 min. _nov 2007
coul. _mini-dv








L’image se cherche elle-même, je la montre se cherchant.
Elle se trouve.
De petits chaos en révélation photographique.
Caméra à la main, débusquer les grâces de l’optique cachées dans le lieu. Les bruits, les lumières, les eaux, la durée s'ajustent au fur et à mesure des métamorphoses.



Exspectatio

Premier volet du triptyque "Exspectatio"
34 min. _Sept. 2007
coul. _mini-dv







Quand je filme je cherche à être captive du lieu que je découvre. Il y a une tension du Voir. Mon regard pris dans la toile, le vent secoue le voile tissé de la bête invisible, l’araignée tapie dans l’image, cachée en elle, prête à surgir. Filmer c’est l’araignée cachée qui me prend au piège. Je ne puis m’en défaire. Je tisse avec elle la durée, le mouvement : l’image. Oui, cela va vers la mort tout en n’en finissant pas d’advenir. Il y a quelque chose comme ça, en métamorphose.



7 sept. 2007

Ce qu'il y a de pierre en moi

est la performance dont j'ai fait mon premier montage, filmée avec deux caméras. Elle est l'impulsion à mon travail en vidéographie, mais nullement représentative de celles qui ont vu le jour ensuite.
Ce premier travail de montage est à l'origine d'un véritable engagement esthétique que je prends avec la technique numérique.
L'action de filmer est au cœur de mes réalisations.

"Ce qu'il y a de pierre en moi"
2005 _mini-dv _coul._23 min
Performance filmée (par Denis Moreau & Sabine Massenet)
suivie de "Cabine Luce pour Lucy"
& performance in DVD collectif "Par ce passage, infranchi…", 2006-2007, Marseille
http://lestraces.net/frioul.html









Pour « Ce qu’il y a de pierre en moi », Sandrine Treuillard a réalisé un « guide pour la performance » l’accompagnant dans le processus de lecture & les mouvements de son corps, en combinaison de plongée noire. Le film qu’elle présente ici de cette performance réalisée sur l’île Pomègues (Frioul, Marseille) interroge, par le biais de l’autofiction en Lucy, la représentation du dos, cette « île du corps ».
Une partie album d’images
« Cabine Luce pour Lucy » renseigne sur le processus de création de cette performance nourrie par l’histoire de l’art et la paléontologie, entre autres influences.

5 sept. 2007

La Revêche

Fév. 2006 _mini-dv
coul. _26 min
Interprétation :
Sandrine Treuillard (voix off)
Emmanuel Vaudour (lecture de la lettre)
Makoto Sato (percussions)
20ème festival Les instants Vidéo, Cinéma Renoir, Martigues


Ce film-photo s'ouvre avec un extrait de "Sordidissimes" de Pascal Quignard. Il retrace les strates d'un parcours de reconnaissance de "l'hôte impossible". "La Revêche" est une sorte de narration d’après
une histoire démembrée.
Les membres d’une histoire éparpillés dans les traces indistinctes (images d'archives), dans les non-dits, les cachés, le secret. Un grand-père qui a été en prison.

« Il créait des vides en moi, des trous. C’est cela être hanté.
Des trous forcés d’accueil. Pendant plus de 25 ans, j’en ai ignoré
le sens, en subissais les symptômes. Il s’agissait de « l’hôte impossible » (P. Quignard), de Guy. Le mort parasitait ma vie. Pour que je le re-con-naisse.
Ce film retrace les strates compliquées et nombreuses de ce parcours de reconnaissance et ne manque pas de croiser l’histoire du pays.
Les secrets de famille se mêlent à la honte nationale.
Comment se transmet le non-dit ? Car il y a bien une filiation profonde, souterraine des indicibles.
Le corps reçoit en projection des histoires de ses ancêtres. »

S.T.




« C’est en fait l’appel des lieux qui me pousse à prendre ces images. L’image est le résultat du jeu subjectif des relations (micro-)lieu-boîte-corps. Mon intention est de me cacher un peu devant elle (derrière des plans flous que je cherche, derrière la boîte à lumière, derrière l’image à venir), je me cache dans elle (avec elle, par elle), pour mieux la voir.
La prendre. La capturer.
J’ai adopté la même attitude pour capturer à l’écran, avec une caméra HI8, les images des actualités de décembre 1943.
Je ne voyais pas bien le cadre à travers le viseur. Tout comme ma vue finit par se brouiller avec la mise au point en photographie. Les yeux se fatiguent. Dans cette fatigue les réglages se réalisent diffici- lement. C’est un lâcher prise. Ce moment-là offre l’image vitale au sens. »

S.T.








Un même transport

Juin 2006 _mini-dv
coul. _11 min
20ème Festival Les instants Vidéo, Cinéma MK2 Bibliothèque, Paris
& 16ème Festival Côté Court, Pantin


1998, Nuremberg : embrasser le bouquet blanc des cyclamens (S.T.). Paris, 2006 : Comme une petite pensée suffit à remplir toute une vie (L. Wittgenstein). "Un même transport" est une vidéopoésie dédiée à Johannes Gachnang.










”RÊVE (10h du matin [diseur du matin])
DE LA NUIT DU 29 au 30 MAI 2006, Porte 34
Un même transport. Je suis en voiture avec mes deux sœurs [suis polyphonique ; mes sœurs autant de voix en moi]. J’ignore qui conduit. Il me semble que je suis à droite du conducteur et parfois à l’arrière, à droite, quand je me retourne pour continuer à voir l’image du dehors, depuis l’auto-mobile.
En roulant dans un paysage où des arbres & des champs bordent la route, je vois dépasser d’une haie [cette barrière me sépare de lui, l’enferme dans un autre dehors] la tête d’un cerf.
Je vois le mouvement de sa tête aller vers l’arrière, sa longue nuque se courbe sur elle-même, son museau est presque à la verticale. Sa gueule s’ouvre : il brame [la voix de l’homme, la voix profonde, la voix d’une détresse violente & sexuelle]. J’entends son brame [supplication] étouffé par la boîte en verre & métal qu’est la voiture [supplication depuis la mort ?]. [Vase à figures rouges d’Athènes : Actéon le chasseur dévoré par ses propres chiens, qu’Artémis a transfiguré en cerf].
Avec mes sœurs [unes, mêmes & différentes], une excitation nous parcourt et nous nous disons [polyphonie] : “Tu l’as vu ? Tu l’as vu ?” “Ah oui ! Ah, oui !”
Et c’est l’éblouissement.
Quelques mètres plus loin, tapi à l’ombre d’un arbre contre la haie, se détache, à peine, la couleur rousse [havane] du corps d’un autre cerf. Je vois d’abord ses cornes, ses bois grisâtres immobiles, sa tête de profil et tout son corps couché. La tête porte ses bois. Cerf noble au repos. Il regarde vers la droite, vers l’arbre, le tronc qui l’abrite.
C’est dans l’ombre. Je l’ai vu. Une de mes sœurs n’est pas parvenu à le décrypter [l’inconnu : en un seul chasseur & chassé, figé].
Nous roulons encore & cette fois-ci, c’est un petit cerf qui trottine, toujours la même couleur de robe, le roux brille au soleil sur sa croupe. Il avance joyeusement.
Puis, un groupe de chevaux de petite taille semblent en liberté dans des chemins entre les champs. Ils ont aussi de belles couleurs, certains sont plus foncés que les cerfs. Ils sont gracieux & joyeux dans leur déplacement, un peu comme des cabris. Je vois le soleil en taches sur leur couleur.
Avec mes sœurs, nous nous étonnons de les voir ainsi en liberté.”
S.T.

”NOTES SUIVANT LE RÊVE
Ce matin, ma gorge est prise. Enserrée. Brûlante. Comme si je n’allais plus “pouvoir parler”, devenir aphone. Entendre le brame me laisse sans voix. Qu’est-ce qui me la capture ? cherche à m’en priver.
Hier, j’ai appelé P. Q. sur son portable [réceptacle des voix] et ai eu immédiatement sa messagerie. Sa voix un peu enrayée par la machine, ou plutôt que la machine finit par rendre métallique [le passage nu & tremblant de la voix connue d’un homme quasi-inconnu_pas connu personnellement, connu à le lire, par le jeu, l’échange de la voix intérieure lisant, reconstituant la voix intérieure de l’écrivain_]. Elle disait simplement : “Vous pouvez parler.” J’ai dit ma phrase.
En étais-je vraiment capable ? Avais-je la permission de parler ?
La voix humaine proche du brame est la seule éloquence.
La gorge, les poumons, “un sac, une poche au creux de la bouche”.
Quel instrument tire le son de la voix humaine masculine & virile vers un brame ?
Quel espace ?
Quel réceptacle au souffle vibrant ?
Le visiteur inconnu lisait le dépliant dans les pièces de l’abbaye de Fontenay. Il pleuvait à merveille. L’eau, la pierre. Comme les lieux enveloppaient et portaient cette gravité chantante. Je me déplaçais le microphone tendu à bout de bras. L’homme avait disparu un instant derrière un pan de mur. Entre deux phrases qu’il lisait à sa famille, nous nous étions souri.
Malgré pudeur il m’accordait cette capture.
Est-ce que je peux vraiment parler ?
La poésie suppure. Ce ne sont plus des mots, seulement. Les images, les sons que je capture me renvoient aux coulisses du monde, à la préparation à la représentation, à l’intimité en amont de la représentation. Ce moment, cet espace-là m’entraîne, m’attire, m’aimante. Je l’aime et en deviens l’amante.
Ces instants en coulisse glissent vers la représentation. J’en suis traversée.
Les mouvements du déplacement sensible, le moment du jaillissement.
Ce qui se passe entre l’énoncé : “Embrasser le bouquet blanc des cyclamens” et les images visibles de cet acte. Acte d’écrire dans l’espace, sur un objet.
Á l’origine (en 1998) de cette révolution du visage autour des cyclamens était une citation d’un autre autrichien : Rainer Maria Rilke : “Tout ange est effrayant”. En 2006, à l’aboutissement de ce transport, la voix chantée : Ludwig Wittgenstein : “Comme une petite pensée suffit à remplir toute une vie”.
Se produit la sorte d’apprivoisement de l’inconnu entre ces deux temps, ces deux voix d’hommes. L’inconnu : c’est aussi l’écriture, l’acte d’écrire vu comme marque masculine, comme expression de ma part masculine.
Oser écrire depuis le brame. Comme la voix, l’écriture prend sa source dans l’énergie sexuelle. Énergie virile, depuis ce puits à l’envers dans mon ventre. Le lieu de la féminité abrite, enveloppe cette énergie virile. Elle “prend de la hauteur” se détache et jaillit en traversant le corps. Choré-grahie.
Vidéopoésie dédiée à Johannes Gachnang.
Montage [caresses d’images se dédoublant] pour le tré-passé [passé au travers, de l’autre côté, en 2005] en 2006.
En 1998, la vidéo-performance comme déclaration d’amour. Parade platonique. Une danse en rond comme celle de l’abeille butineuse. Jusqu’à éraillement des ailes, jusqu’à épuisement des forces récolter le miel. Programmée pour mourir à la tâche.
Johannes Gachnang : un suisse : le cerf : Hirschhorn : animal inscrit dans l’imaginaire suisse. Me souviens de L’institut Benjamenta de Robert Walser.
Le livre, le film. Passage onirique : un cerf dans le couloir transformé en forêt.
Walser mort dans la région de Berne, à l’hôpital psychiatrique de Herisau. Johannes est mort d’un cancer à la bouche [fumeur de havane] à “l’hôpital de l’île”[ainsi le notait-il sur ses cartes postales]. Á Insel, Berne. En fait, une tour gigantesque, l’hôpital. Prendre l’ascenseur jusqu’à l’étage treize.
J.G. m’avait introduite à la littérature walsérienne. Repense à ces danses, dans l’institut Benjamenta, les corps apprêtés au travail de valet, des mains de Kraus, ses gestes gracieux dans un corps dur et robuste. Les phrases de Jakob (Walser) : une danse. Le film & le livre se mêlent.
Les images, les mots, les voix, les visages & les temps se frôlent.
Un même transport. ”
S.T.


Ludwig Wittgenstein le visage en partie caché par un bouquet de cyclamens blancs. _Photographie de Moritz Nähr - 1931 - Palais Stonborough, Renngasse, Vienne. Extraite du catalogue “Wittgenstein -biographie . philosophie . praxis- Wiener Secession (Exposition à la Wiener Secession 13 septembre - 29 octobre 1989)”.

Pour en finir avec Jeanne d'Arc

Nov. 2006 _ mini-dv
coul. _ 54 min
2cde Projection Privée, Sonia Fleurance, été 2007

Ensemble de 5 vidéos
_ Jehanne 2006 _ 22'
_ De ses voix _ 2'45
_ 5 petits blasons pour en finir avec Jeanne d’Arc _ 12'20"
_ Le rêve de Jehanne _ 2'50"
_ Jehanne mise en abîme _ 15'30

“Le sens de la répartie de Jehanne est aussi le sens du retrait” S.T.

JEHANNE 2006 - 22' - 1er volet /5
Jehanne 2006 (10 1ères minutes sur YouTube)

" Ses paroles. Son ordalie.
La Sourdaie est le nom du coin de terre que mon père, Sylvain, a acquis. Le demi hectare traversé de sources se jette doucement et sans tarir dans l’étang sauvage, plus bas.

J’ai filmé durant 31 minutes un filet de l’eau sur les cailloux. Quelques mètres carrés se sont réduits en centimètres carrés : macro-paysage. Ai introduit le micro sous les ronces, dans quelques fossés… Encore marché dans les broussailles. Terrain subtil. Les eaux frôlent la surface de cette terre.


Longue macro-vidéographie, la lumière irradie les eaux par fulgurance. La quête d’on ne sait quoi est errance. L’errance mène à la découverte. Des pépites. Les cailloux donnent forme au cours d’eau. Le vent en accélère sa course perpétuelle. La petite noisette échue fait obstacle.

La fatigue du poignet annonce la fin du filmage. Filmer ces éléments devient une ordalie contemplative, une épreuve de résistance pour sentir jusqu’au bout sa force. La force se consume à mesure qu’elle s’exerce. Les tremblements provoquent d’autres radiations, bleues, avec l’incidence optique. L’angle des rayons solaires colorent la lumière sur l’eau : nature d’un alliage métallique. Du jaune d’argent aux oxydes de manganèse. Quelque chose brûle l’eau et l’image.

Sur les trois plans séquence (le principal durant plus de 15 minutes), la voix alto dit "je". "Je" suis Jehanne répondant à ses interrogatoires, au procès et en prison. Aucune question des Cauchon ni Beaurepère ne sont perçues. Jehanne affirme, grave. Le montage de ses paroles : ses voix lui ordonnent ; l’habit d’homme ; le sort des anglais ; son erreur d’avoir signé l’abjuration. Musicalité des eaux, rythme des pas dans les cailloux, les marécages…

Je lis la Sourdaie imprimant lumière & sons sur la cassette digitale. J’enregistre une partie où mon père se retranche. Son refuge. Il se réfugie dans la parole de la Sourdaie (percevoir comme paroles : reflets, bruissements d’eaux, vent dans les feuillages, brindilles cassant sous les pas, criaillement des cailloux : tous éléments mobiles, changeants). En ma présence Sylvain se retranche derrière le vacarme de la débroussailleuse qu’il pousse tandis que j’écoute l’intime Sourdaie.
Sylvain me laisse faire cela. Il m’y invite même, tacitement. Ce lieu comme l’aveu déguisé qu’il me fait partager.

Je filme, je tire le fil de l’image : j’écris. Je lis. Il pousse : il se tait, se terre dans le vacarme. Quelque chose sourd.

Jehanne se recueille, se ressource ; ses paroles coulent de cette source, avec la même évidence naturelle, le même mystère. Tout autant ses paroles alimentent la source. L’eau plus qu’un pendant à ses paroles : Jehanne est la source. Les eaux vont jusqu’à brûler par elles-mêmes.
Jehanne coule à sa perte, de source. "
S.T.

[ Extraits du procès de Jeanne d’Arc choisis & lus par Sandrine Treuillard tirés de "J’ai nom Jeanne la Pucelle" de Régine Pernoud, Découvertes Gallimard, 1994 ]


DE SES VOIX - 2'45" - 2cd volet
De ses voix (2'36 /3'15)

Filmer les phrases gravées dans la pierre des piédestals. Cliquetis, glissements, frottements au sol et voix alentours sur le parvis
de la cathédrale d’Orléans. Un moment, un geste de lecture.




5 PETITS BLASONS pour en finir avec Jeanne d'Arc - 12'20" - 3ème volet /5
5 petits blasons (10' / 12'30)

Macro-autoportraits, minis-performances se mêlent à l’iconographie de Jeanne d’Arc. Mythe & petites fictions. Filmer dans un miroir les images d’un livre, sa mise en page. Saynètes imprévues du corps à l’échelle du blason.
[ Iconographie filmée du livre "J’ai nom Jeanne la Pucelle" de Régine Pernoud, Découvertes Gallimard, 1994 ]










LE RÊVE DE JEHANNE - 2'50" - 4éme volet/5
Le sexe féminin, ventre, cuisses & fesses nus, dans la pleine lumière d'un miroir. Ballade, le bassin se déhanche doucement.
L’amour courtois est une mise à distance de l’acte sexuel immédiat.



Chant a capela :
"Amor mi fa cantar a la Francesca"
par le ténor Rogers Covey-Crump.


JEHANNE MISE EN ABYME - 15'30 - 5ème volet /5
Jehanne mise en abyme (7'22 / 12'30)


Lecture des vitraux de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans, le récit en images de l’épopée de Jeanne d’Arc.
La caméra entre mes mains est un stylus, elle capture des détails : damassés, couleurs vives, manganèse, vert, rouge ; dessins, mailles de fer, armures.
Les gestes des personnages dictent le glissement incertain de la lecture.
Quête, recherche du visage qui répond à la main.
Le plomb, comme autant de séparation en séquences, maintient des fragments ensemble.